Textes

mona laure millet

Mona Laure Millet

Artiste sculpteur

La Ligne,
le fil conducteur.

Un axe de recherche  se situant  dans les rapports ambigus que nous entretenons  avec notre environnement. ML Millet  explore une frontière  entre le permanent et le précaire, l’ordre et le chaos, le vide et le plein. Un espace transitoire en quelques sortes, presque hors d’atteinte, se jouant de la pesanteur et dont le système aléatoire  circulerait comme une tentative de stabilisation.


la beauté du trouble

Peu après avoir découvert l’oeuvre de Mona L Millet , je crois lui avoir confié dans un commentaire à la spontanéité enfantine, combien une série -que j’avais tenu sous mes yeux à distance sur mon écran- me saisissait, émotion abyssale.

Une série de dessins, myriades de traits dont l’apposition, minutieuse, créée des effets d’estompage, de volume bien plus que de relief, car le dessin suggérait « traverser » le plan défini par son support, jeu optique magnifié par la qualité même du substrat : des plans d’architecture navale.

Je crois avoir ressenti la même émotion qu’autrefois devant les sculptures monumentales de Richard Texier, ses instruments de navigation marine, et, sans tirer aucune analogie entre les techniques respectives des auteurs, dit le « ravissement des confins poétiques» quand l’emploi du symbole (instruments de navigation chez Texier) ou de l’objet (le plan, sens propre et figuré, qui établit l’objet navigant, et son univers de mots, nef, étambot, presse -étoupe) est agi par la singularité affirmée de l’imaginaire, de la délicatesse et la minutie du trait de Mona .

Minutie plutôt que rigueur, car je lis dans la rigueur une notion d’intention bien trop étriquée pour contenir l’effet de sublimation que fait surgir Mona  en cheminant vers l’achèvement d’une oeuvre, vers ses éthers ou abysses emplies de lumière.

Pour reprendre un vieux terme de marine, son travail « désempare », comme on désarme, comme on abat les certitudes pour élever -porter ailleurs- le spectateur de l’oeuvre. 

A ce point, évoquant le cheminement de l’artiste « vers l’achèvement d’une oeuvre », quelques mots sur la matière, et le corps. J’ai vu apparaître ses mains à l’ouvrage : tendons saillants assemblant/nouant/liant des fils d’acier recuit, comme agissant, au long d’heures indénombrables, depuis l’intérieur de la sculpture.

Puis ailleurs, des dessins, fruits de la même longue et fabuleuse minutie, approchant avec la même liberté, la presque-figuration de l’infini microscopique, de l’intime organique, celui des cellules, du mystère insondable du vivant.

D’un infini à l’autre, dire la beauté du trouble.

Jean Valès
« Inter-matière »

Dans ses sculptures mais aussi  dans ses dessins, le geste précis et méticuleux se répete, venant contredire le concept au bénéfice d’un lent « process ».

Le souffle est patient, semble s’étirer pour donner naissance à une géodesie invasive,  une « inter-matière » mutante en résonance avec un monde en constante expansion.

Les suspensions d’acier offrent une idée apaisée du vide, un havre transitoire,  où le fil circule comme une tentative de stabilisation.

Si l’expression privilégiée est la sculpture, on retrouve dans les dessins la même apparente fragilité :

En méandres organiques, cet éloge à la lenteur vient recouvrir d’anciens plans d’architectures navales et  nous révèle  un monde flottant, sensible où des fragments du vivant s’étiolent, se recomposent et nous renvoie à notre impermanence..

Stéphane  Goasmat, architecte